L'info Palestine vue de Grenoble
14 Juillet 2026
Le monde de l'escalade commence à réagir à l'effacement des Palestiniens et au sport-washing pratiqué par Israël dans les compétitions internationales. Et parfois de façon spectaculaire.
Grimpe solidaire international et Climbing for Palestine France ont publié un communiqué le 2 juillet 2026 appelant à suspendre la Fédération israélienne d'escalade (ILCA) - complice de l’occupation en Cisjordanie et de l’apartheid israélien - au sein de la Fédération internationale d'escalade (World Climbing). Les grimpeurs du monde entier sont appelés à interpeller leurs fédérations respectives pour intensifier la pression, et une pétition en ligne ouverte à tous a été lancée. Un vote de l'ensemble des fédérations nationales aura lieu lors de l'assemblée générale extraordinaire le 23 juillet 2026.
« Ce vote fait suite à la demande de PCA (Palestine Climbing Association) et à des mois de mobilisation de la part de grimpeur·ses, d'athlètes et de fédérations nationales, qui soutiennent que l'ILCA a agi de manière incompatible avec les statuts de World Climbing et les principes fondamentaux d'une compétition loyale, tout en commettant des violations du droit international. » Les complicités de la Fédération internationale d'escalade - et de l’Union internationale des associations d’alpinistes - avec les crimes d'Israël à l'encontre des Palestiniens et Palestiniennes, sont documentés par Climbers for Palestine Spain.
Une manifestation en soutien à la Palestine a été organisée dans le centre de Chamonix ce vendredi 10 juillet, dénonçant la complicité de World Climbing à travers la participation d’athlètes israéliens et israéliennes arborant le drapeau d’un État responsable du massacre de plus de 70 000 Palestiniens, dont 20 000 enfants, depuis le 7 octobre 2023, et d’une occupation toujours plus violente et meurtrière en Cisjordanie.
« Une corde c’est pour grimper, pas pour pendre les Palestiniens » ont notamment scandé les manifestants, en référence à une loi récemment adoptée par le parlement israélien autorisant la condamnation à mort par pendaison des Palestiniens détenus par Israël. Parmi les prises de parole, celle du grimpeur professionnel Seb Berthe, Belge d’origine aujourd’hui installé dans les Alpes, a été particulièrement remarquée. Son courage à dénoncer la complicité des instances de l’escalade avec Israël est d’autant plus remarquable qu’il lui vaut la perte de plusieurs sponsors. La manifestation s’est terminée place du Mont-Blanc, au moment où y débutaient les épreuves de la Coupe du Monde.
D’autres actions dénonçant la participation d’Israël à cette étape du World Climbing ont eu lieu durant les épreuves. Dimanche 12 juillet, jour des finales, un groupe d’alpinistes anonymes a réussi l’exploit de suspendre un gigantesque drapeau palestinien de plus de 30 mètres de long et 18 mètres de large entre l’aiguille des Grands Charmoz et l’Aiguille du Grépon, à près de 3 500 mètres d’altitude, parfaitement visible depuis Chamonix. Dans un communiqué, ils expliquent leur geste : « Ce drapeau gigantesque se veut être symbole d'espoir, de solidarité, de lutte et de liberté ! Il veut aussi signifier que la communauté de la grimpe et de l'alpinisme attend de sa fédération World Climbing (ex-IFSC), ainsi que de la fédération française d'escalade (FFME), un positionnement strict et juste à propos des crimes commis par Israël en Palestine, au Liban ou en Iran, et la suspension de la fédération Israélienne. Sur ces montagnes qui illuminent nos vies, nous brandissons le drapeau palestinien. Avec l’espoir intarissable que les enfants de Gaza et de Cisjordanie pourront, un jour, comme nous : grandir, circuler, grimper, vivre. »
Cette action tourne depuis sur les réseaux sociaux et de nombreux médias s’en font l’écho. Le soir des finales, à la nuit tombée, certains sont aussi parvenus à projeter les messages « Free Palestine », « Israel out » ou « Climbers stand for Palestine » sur le mur d’escalade artificiel de la compétition.
Les sociétés civiles ont compris qu’aucun changement de cap n’interviendrait sans une pression populaire exercée par le bas. En 2025, les nombreuses protestations qui ont émaillé les courses cyclistes dans lesquelles Israël s’affichait fièrement – notamment le Tour de France et encore davantage la Vuelta en Espagne dont la dernière étape a été interrompue - ont eu des résultats concrets. En 2026, plus aucune équipe cycliste du Tour de France ne court sous pavillon israélien. L’Union juive française pour la paix s’en est récemment félicitée, rappelant que « depuis de nombreuses années, la Campagne BDS France appelait à manifester contre la participation de cette équipe au Tour de France, une équipe clairement créée par le milliardaire canado-israélien Sylvan Adams comme outil de propagande, et déclarée par lui-même comme servant de vitrine à l’État génocidaire israélien. »
La Coupe du monde d’escalade n’en est d’ailleurs pas à sa première perturbation, avec des manifestations sur l’étape de Madrid le 28 mai dernier, jusqu’à l’annulation d’une étape à Bruxelles les 30 et 31 mai après le refus de la salle Le camp de base d’accueillir les athlètes israéliens rejetant la proposition de courir sous bannière neutre ; condition pourtant imposée aux grimpeurs et grimpeuses russes et biélorusses depuis février 2026, après quatre ans d’interdiction de participation dans le cadre du conflit russo-ukrainien.
Prétendre que la montagne n'est pas politique est un mythe que brandissent ceux qui souhaitent le statu quo à l’avantage des puissants. Il revient de fait à leur donner carte blanche pour poursuivre l'effacement de leurs victimes. La coupe du monde de foot 2026 organisée par les États-Unis en a fait une belle démonstration (voir ici ou là, par exemple).
La tribune « Pourquoi l’escalade est définitivement politique » de Pierre-Gaël Pasquiou parue le 23 juin dernier dans Vertige Media, dont il est le co-fondateur, apporte un regard peu commun pour un media sportif: « On entend d’ici les éternel·le·s gardien·ne·s du temple (gardien·ne·s du silence, surtout) s’étouffer dans leur magnésie : pourquoi polluer le geste pur avec de la politique, des questions de genre, la lutte des classes, l’écologie ou le postcolonialisme ? Inversons la charge : comment peut-on décemment parler d'escalade aujourd’hui en fermant les yeux sur le reste ? ». Ce média a consacré plusieurs articles au sort des grimpeurs Palestiniens. Un article de Reporterre rapporte que Vertige Media vient d’être congédié du prochain Salon de l’escalade qui se tiendra à Paris en janvier 2027, jugé trop « engagé ».
Désormais, les organisateurs d’évènements, qu’ils soient sportifs, culturels ou de toute autre sorte, savent qu’ils s’exposent à des réactions citoyennes dès lors qu’ils mettent Israël et son drapeau à l’affiche, lui offrant ainsi une tribune pour blanchir ses crimes.